Table ronde des distributeurs alternatifs et intervention de Tom Boothe sur les marges de la grande distribution
Vous vous êtes déjà demandé comment se fabriquent les prix en supermarché ? Qui décide des marges ? Qui gagne quoi ? Bonne nouvelle : le Sénat aussi se pose la question. Et cette fois, La Louve était à la table ! Le 5 février dernier,
Tom a représenté notre coopérative lors d’une table ronde organisée par la commission d’enquête du Sénat sur les marges des industriels et de la grande distribution — un moment rare où différents modèles alternatifs ont été invités à s’expliquer sur leurs logiques de prix.
Distributeurs alternatifs à la barre : quelles options face à la grande distribution ?
La commission d’enquête du Sénat, lancée fin novembre dernier, poursuit un objectif concret : mieux comprendre comment sont construits les prix dans notre pays, quelles marges prélèvent les industriels et les enseignes, et comment la valeur est répartie tout au long de la chaîne — de l’agriculteur au consommateur.
Pour cela, les parlementaires ont invité plusieurs modèles économiques alternatifs à la grande distribution classique, choisissant de donner la parole à ceux qui proposent des approches différentes à la fois en termes de transparence, d’accès aux prix justes et de partage de la valeur. Lors de la table ronde du 5 février, on retrouvait notamment des représentants* de :
- Magasins de producteurs ou circuits courts, qui rapprochent directement producteur·rice·s et consommateur·rice·s.
- Coopératives de consommateurs, comme La Louve, qui mettent l’implication collective et la transparence au cœur de leur modèle.
- Initiatives citoyennes et structures de distribution alternative, qui expérimentent des logiques solidaires ou non capitalistiques.
Toutes ces structures ont partagé une logique commune : proposer des prix plus justes tout au long de la chaîne, via des pratiques qui limitent la captation de valeur par des intermédiaires puissants, tout en améliorant la rémunération des producteurs et l’accès à une alimentation de qualité — parfois au détriment de marges élevées jugées opaques ou injustifiées dans les modèles dominants.
À l’inverse, dans le modèle classique de la grande distribution, les marges peuvent présenter de fortes disparités selon les catégories de produits, en particulier lorsque des marges élevées sont appliquées à des fruits ou légumes frais alors que les produits ultra-transformés servent de “produits d’appel”.
C’est cette mise en perspective — modèles classiques versus modèles alternatifs — qui faisait tout l’intérêt de la table ronde : donner à voir des solutions concrètes d’autres acteurs, plutôt que de rester dans une analyse purement théorique.
*Déstockeur Noz, Mouvement interrégional des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Miramap), Coopérative La Louve, Fédération nationale des magasins de producteurs en vente directe (Femap).
La Louve : une autre équation économique
Que La Louve soit invitée à s’exprimer dans ce cadre n’est pas anodin. Lorsqu’on parle de prix et de marges, ce n’est pas juste une affaire de pourcentages, mais bien de choix économiques, politiques et sociétaux. Tom a rappelé les fondamentaux de notre modèle : une coopérative participative de consommateurs, aujourd’hui forte de 4 000 membres actifs, où les coopérateurs sont à la fois clients, co-propriétaires et acteurs du fonctionnement du magasin. Concrètement, cela change tout !
Grâce à l’implication bénévole des membres, La Louve fonctionne avec 14 salariés, là où un supermarché classique de taille équivalente (550 m²) emploierait plutôt 30 à 40 personnes. Résultat : des coûts de gestion réduits — et donc des prix plus accessibles.
Autre différence majeure : nous ne parlons pas de “marge commerciale” mais de majoration. À La Louve, elle est fixe : 22 % sur un produit acheté, avec un léger ajustement pour les produits où le risque de perte est plus important. Dans la grande distribution, les marges oscillent généralement entre 30 et 45 %.
Cette organisation n’est pas qu’une différence de principe, elle produit des effets très concrets. La Louve est en moyenne 20 à 25 % moins chère que les autres magasins bio, et, neuf fois sur dix, un fruit ou un légume bio y est proposé à un prix inférieur à celui d’un produit non bio dans le supermarché voisin.
Ces résultats s’expliquent aussi par des choix assumés : pas de marketing interne, pas de publicité, pas de musique en magasin pour stimuler artificiellement l’achat, pas de produits d’appel destinés à attirer pour compenser ailleurs… et pas de dividendes versés à des actionnaires 🙂
Ce qui nous distingue de la grande distribution, c’est aussi et surtout notre attitude vis-à-vis de la rentabilité : le profit est un moyen, pas une fin. Le but de La Louve, c’est le bien-être de nos membres !
Coopérer plutôt que concurrencer
Tom a terminé son intervention sur un point majeur : contrairement aux distributeurs classiques, les coopératives ne fonctionnent pas dans une logique de compétition permanente. Quand un nouveau supermarché coopératif ouvre, les autres structures partagent leurs bonnes pratiques, leurs outils, leurs retours d’expérience.
C’est une autre manière de penser l’économie : non pas en cherchant à maximiser les profits, mais en cherchant à renforcer un écosystème.
Avec 9,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, une gamme ouverte et un modèle éprouvé, La Louve démontre qu’il est possible de conjuguer viabilité économique, accessibilité des prix et engagement coopératif.
Que La Louve soit invitée à s’exprimer devant une commission d’enquête du Sénat montre une chose : notre modèle intéresse, interroge… et inspire ! Si vous souhaitez écouter l’intervention de Tom, elle est disponible en ligne. Son passage commence à 18’20 dans la vidéo :
👉 https://videos.senat.fr/video.5678915_698b3864e33a1